Auteur : Dr. Mauro Fischer
Le suivi des bilans de masse glaciaire sont indispensables pour comprendre la relation entre les changements des glaciers et le changement climatique. Les mesures sur Tsanfleuron et Scex Rouge, collectées en continu depuis 2010 sont représentatives de l’évolution des glaciers des Alpes bernoises occidentales.

Article par Dr. Mauro Fischer, glaciologue/géomorphologue, Institut de géographie de l’Université de Berne et responsable des relevés glaciologiques sur les glaciers de Tsanfleuron et du Sex Rouge
Pour le réseau des relevés glaciologiques suisse (GLAMOS), les bilans de masse – c’est-à-dire l’accumulation hivernale de neige ainsi que la perte estivale de neige, de névés et de glace – ont été à nouveau mesurés en 2025 sur les glaciers de Tsanfleuron et du Sex Rouge dans le massif des Diablerets. Les mesures du bilan de masse sur ces deux glaciers sont effectuées en continu depuis 2010. Ces mesures saisonnières à long terme sont indispensables pour comprendre la relation entre les changements des glaciers et le changement climatique. Les mesures sur Tsanfleuron et Sex Rouge sont représentatives de l’évolution des glaciers des Alpes bernoises occidentales et, avec les mesures sur une vingtaine d’autres glaciers, elles complètent la vision de l’évolution des glaciers dans l’ensemble des Alpes suisses.
Malheureusement, les résultats pour 2025 – d’ailleurs proclamée par l’ONU comme l’année internationale de la préservation des glaciers – montrent que la perte de glace se poursuit à un rythme très rapide, voire plus rapide pour les glaciers du massif des Diablerets comparé à la moyenne suisse. Les quantités de neige accumulées fin avril 2025 sur Tsanfleuron et Sex Rouge correspondaient assez précisément à la moyenne pluriannuelle entre 2010 et 2020. Une vague de chaleur marquée en juin a entraîné une fonte des neiges exceptionnellement rapide. Début juillet, les masses de neige et de glace qui avaient déjà fondues sur les glaciers correspondaient à la totalité des accumulations de l’hiver 2025. Le bilan de masse des glaciers devenait donc déjà négatif, alors que l’été venait à peine de commencer. Cependant, des conditions météorologiques plus fraîches en juillet ont quelque peu freiné la fonte, avant que les températures parfois extrêmement élevées (avec une isotherme zéro degré dépassant parfois les 5000 m d’altitude) et les conditions ensoleillées du mois d’août ne viennent à nouveau fortement augmenter la fonte des glaciers. Après un mois de septembre moyen et des chutes de neige en fin de mois qui ont stoppé la fonte, nous pouvons clore l’année hydrologique et dresser un bilan.
Avec un bilan de masse annuel de -2.7 mètre d’eau en moyenne, le Glacier de Tsanfleuron – ainsi que tous les glaciers dans le massif des Diablerets – ont fondus significativement plus rapidement comparé avec la moyenne suisse pour 2025 (-1.6 mètre d’eau, soit – après 2022, 2023 et 2003 – l’année la quatrième plus négative depuis le début des mesures). Pour le Glacier de Tsanfleuron, 2025 est – après 2022 – l’année la deuxième plus négative depuis le début des relevés. Alors que les glaciers situés à très haute altitude dans la région de la Jungfrau ou dans le sud-est du Valais ont bénéficié d’une accumulation de neige grâce aux précipitations estivales et aux conditions plus fraîches en juillet 2025, il a plu sur les glaciers relativement bas du massif des Diablerets. Début août, le Glacier de Tsanfleuron était déjà complètement dépourvu de neige, tandis qu’il restait encore un peu de neige sur le Glacier des Diablerets, situé un peu plus haut. En septembre, celui-ci était également complètement dépourvu de neige.
C’est ce que nous avons pu observer presque systématiquement ces dernières années. Les glaciers du massif des Diablerets sont en déséquilibre massif avec le climat actuel. Pour conserver leur superficie et leur volume, environ deux tiers des glaciers devraient encore être recouverts de neige à la fin de l’été. Au lieu de cela, l’accumulation à la fin de l’année hydrologique (fin septembre) est souvent de 0 %. Une histoire triste. Si, à la fin du mois de septembre, la limite de neige climatique dépasse le point culminant des glaciers, ce qui est déjà le cas dans le massif des Diablerets, ceux-ci sont pour ainsi dire condamnés à mort. C’est aussi pourquoi les résultats de nos modèles concernant l’évolution future des glaciers du massif des Diablerets ne sont pas très réjouissants. Alors que les très petits glaciers comme le Glacier du Sex Rouge disparaîtront complètement dans les 15 prochaines années, une petite partie du Glacier de Tsanfleuron survivra jusqu’après 2050. Cependant, d’ici 2070 à 2080 au plus tard, l’ensemble du massif des Diablerets sera complètement dépourvu de glace.
Le changement climatique anthropique est réel et incontesté d’un point de vue scientifique. Sans lui, les glaciers du massif des Diablerets auraient aujourd’hui probablement encore à peu près la même taille que dans les années 1970/1980. Le sort prévu pour les glaciers du massif des Diablerets devrait servir d’appel urgent supplémentaire en faveur d’une réduction rapide et drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La préservation des glaciers dans le monde serait plus que doublée en limitant le réchauffement global à +1.5 °C comparé avec le préindustriel (objectif de l’accord de Paris en 2015) par rapport à une augmentation moyenne de la température mondiale de +2.7 °C d’ici 2100 dans le cadre des politiques actuelles – avec tous les effets bénéfiques que cela comporterait pour l’humanité et le système terrestre.

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