Luc Racine nous écrit depuis Cork en Irlande, pour nous donner un petit historique du hameau des Planches et prendre position sur le projet d’extension de la ligne Aigle-Sépey-Diablerets. Bonne lecture !

Voilà maintenant plus de quarante ans qu’apparaissent, épisodiquement, des projets farfelus, mais de grande envergure qui ont, pour la plupart d’entre eux, à cœur de détruire le hameau des Planches et le lieu-dit du Feneliet en particulier.
Écoutez plutôt :
Tout d’abord, il y a de ça quarante ans, il fut envisagé de construire une usine d’incinération des ordures ménagères au fond du Feneliet, avec une gare de transbordement des déchets train/camion aux Planches. Ce projet qui paraît invraisemblable de nos jours aurait complètement dénaturé le hameau des Planches en le transformant en zone industrielle. L’usine de la SATOM fut finalement construite à Monthey et le projet ormonan mis aux oubliettes.
Vingt ans plus tard, lorsque la réfection du pont des Planches devint impérative, un des projets mis à l’étude fut de construire un nouveau pont en amont de l’existant et d’abandonner l’ancien pont. Ce projet aurait bien sûr eu une emprise territoriale forte nécessitant la correction du tracé de la voie pour au final aucune réelle plus-value. De plus, le paysage pittoresque du pont des Planches et de ses montagnes aurait été complètement dénaturé !
À peu près à la même période, l’armée a décidé d’abandonner le baraquement situé à côté de la gare des Planches (occupé présentement par le Service des Routes). Il fut alors envisagé de le transformer pour en faire un musée vivant de la Forêt et de l’industrie du Bois. À regret, ce projet qui aurait amené une réelle plus-value à la région d’Ormont-Dessous n’a pas abouti.
Et aujourd’hui, une nouvelle attaque se prépare :
La disparition pure et simple de 6000 m2 de prairies et la destruction de la colline rocheuse des Planches pour construire un nouveau tracé ferroviaire et une nouvelle gare qui permettraient de gagner quelques minutes sur le trajet du train afin d’amener le plus rapidement possible les touristes au glacier avant qu’il n’ait complètement fondu…
Ce projet complètement démesuré, estimé à ce jour à 15 millions de francs permettrait également d’éviter complètement le Sépey qui risque de perdre en attractivité touristique au profit des Diablerets. Le projet prévoit :
- la construction d’une gare routière et ferroviaire sur 2000 m2 de prairie pratiquement plate (en plus de la surface du talus et de la voie actuelle)
- un croisement ferroviaire une centaine de mètres en aval du pont des Planches avec un déplacement du chemin des Planches dessus.
- la destruction de la butte rocheuse devant un chalet du 18e siècle habité et en parfait état, dont la façade se trouverait désormais à 5 mètres d’un mur en béton de sept mètres de haut…
- la traverse de la route de la Forclaz avec feux et passage a niveau
Les plans sont à un stade avancé et les quatre propriétaires concernés ont été approchés et invités à signer une convention avec les transports publics du chablais (TPC), tout en restant bien sûr discrets sur les plans désormais en leur possession.
Il fut un temps pas trop éloigné où quelques trains spéciaux « skieurs » et le « Transormonan » rebroussaient chemin sur le pont des Planches et montaient directement aux Diablerets. Apparemment aux dires des ingénieurs des TPC, ceci n’est plus possible pour des raisons de sécurité. Un feu rouge à l’entrée du Pont côté Sépey et un autre au bas de la route de la Forclaz à l’entrée de la place des Planches régleraient le problème d’une manière sure, économique et sans aucune empreinte sur le paysage.
Les TPC préfèrent le gigantisme d’un projet à 15 millions. À une époque où l’on parle de développement durable et de retombées économiques pour les régions décentralisées, on peut se poser sérieusement la question du bien-fondé d’un tel projet.
- Le paysage n’est-il pas l’argument touristique principal de notre région ?
- Ne faudrait-il pas favoriser un tourisme de qualité (au lieu de la quantité comme à Lucerne) ?
- Est-ce raisonnable de dépenser ainsi l’argent du contribuable ?
Quels seront les bénéfices directs pour les populations habitant le long de la ligne ? - Est-ce favorable pour les commerces du Sépey ?
À vous de juger !
Luc Racine, Cork, le 9 décembre 2019.
